Le politique a le dernier mot

Moshé Dayan

La ligne directrice suivie par Dayan depuis le retour de Ben Gourion au poste de ministre de la Défense en février 1955 change du tout pour le tout. Après la planification d’une offensive à l’initiative d’Israël, l’armée est à présent occupée à préparer la défense du pays contre une offensive ennemie, en contradiction avec tous les plans stratégiques de l’armée, et encore plus important, en opposition totale avec la doctrine militaire de Dayan. Il est déçu et peut-être envisage-t-il la possibilité de démissionner à la fin de son mandat de Chef d’État-major d’une durée de trois ans. Avec ton espiègle mais sans chercher à cacher son amertume, il déclare à Ben Gourion au milieu d’une discussion sur des projets d’achats au Japon : « Je crois que je dois partir pour le Japon. » À Ben Gourion qui lui demande si il n’a plus rien à faire en Israël, il lui répond : « Les choses que j’ai besoin de faire, je n’ai pas envie de les faire. » be  Gourion rejette toute idée de démission.

Le 16 décembre, Ben Gourion prend la parole devant le haut commandement de Tsahal et tente de convaincre ses amis la politique du gouvernement et les raisons qui ont conduit à l’abandon de l’option offensive. Face au risque implicite d’une intervention britannique, il explique longuement pourquoi il est interdit à Israël de provoquer une guerre. Il existe une asymétrie entre Israël et les arabes. Ceux-ci peuvent anéantir Israël s’il est vaincu mais aucune victoire israélienne ne pourra entrainer la fin du conflit :

Après chaque guerre, nous nous retrouverons face au même problème, comme celui auquel nous connaissons aujourd’hui : le risque d’un troisième round, puis d’un quatrième et d’un cinquième, sans fin. Si Israël sort victorieux d’une guerre dont il aura été l’initiateur, il essuiera une défaire morale parce que le monde d’acceptera pas cette initiative et Israël se retrouvera isolé dans le monde. Nous serons salis aux yeux du monde entier.

Dayan ne discute pas mais aussi au milieu de participants, il interroge le ministre : « Quand l’armée devra-t-elle être prête pour la guerre ? » Ben Gourion ne fixe pas une période précise mais l’opinion partagée par tous est qu’il faut s’attendre à une attaque égyptienne pour l’été. À la fin de la conférence, Ben Gourion souhaite connaître l’état d’esprit des officiers. Il demande à tous les participants de se déterminer par rapport à une offensive militaire de la part d’Israël. A l’exception de ‘Haïm Laskov, tous lèvent la main. Laskov explique son attitude en disant qu’il n’a pas l’habitude de voter contre Ben Gourion mais il laisse entendre que lui aussi est de l’avis de tous.

Quoi qu’il en soit, Dayan accepte la décision et au début de l’année 1956, il fait passer l’armée à autre chose: la défense en vue d’une attaque.

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