Haro sur l’e-mail

allianceIl y a trois ans, Thierry Breton, ancien ministre et P-DG d’Atos, annonçait son plan « zéro mail ». L’objectif était de correspondre en interne via une solution de réseaux sociaux.
Le constat que chacun peut partager est brutal : nous passons un temps très important, plus de deux heures par jour en moyenne, à lire et à répondre aux e-mails ; et cela sans compter les heures de recherches hebdomadaires sur Internet. Est-ce rentable, efficace ?

Le problème est que nous vivons dans une société de consommation de l’information et de l’échange d’informations. C’est une évolution fantastique qu’il ne faut pas remettre en question. La difficulté est de trouver où placer le curseur. Sans un minimum de discipline, on devient rapidement l’esclave de son outil de messagerie. La pression de l’instant fait que l’on peut se croire obligé de répondre immédiatement à toutes les sollicitations électroniques.

Des initiatives ont été prises auxquelles je ne crois pas. Canon France a lancé la journée sans mail en décembre 2010. C’est un peu comme la journée de la femme, de l’enfant, sans alcool, sans cigarette… Cela permet tout au plus un coup de projecteur sur une certaine réalité pour mieux l’oublier les 364 autres jours.

Les réseaux sociaux sont-ils la solution de remplacement. Dans le meilleur des cas, c’est une possibilité de réponse partielle. Je suis très sceptique sur les réseaux publics comme Facebook ou Twitter. Ils sont intéressants dans une démarche de consommateur, comme outil de relation entre membres d’un groupe, ou comme instrument de communication politique.

Utiliser un réseau social dit « d’entreprise » comme le français Jamespot ou l’américain Ning peut se révéler extrêmement utile à condition d’accompagner son lancement d’un puissant programme d’aide au changement. Sans cela, l’entreprise risque fort de rencontrer deux écueils : la non utilisation et le retour à la pratique de l’e-mail, ou l’addiction au réseau comme le sont de nombreux adolescents.

Pour autant, l’introduction des réseaux sociaux ne permet pas d’éradiquer la pollution informationnelle. Utiliser un « mur » plutôt que des e-mails pour commenter un document peut être gênante. D’abord, il faut le consulter régulièrement pour voir les modifications. Ensuite, ce qu’on écrit est tracé et stocké. Cette forte traçabilité empêche les échanges informels, voire les discussions entre collègues. »

Mais surtout, le réseau social concerne les salariés de l’entreprise. Les fournisseurs, les partenaires, les clients et les administrations publiques avec lesquels l’entreprise communique, continuent à alimenter l’échange d’e-mails.

La recommandation la plus simple : L’e-mail est un outil utile. Ce qui est stressant, c’est de l’utiliser comme un téléphone, avec un jeu de questions-réponses. Il faut simplement se diriger vers un autre usage. Mais lequel ?